Cet islam sans haine

Islamic

Par Virginie Larousse.

L’islam que j’aime, l’islam qui m’inquiète. Le père Christian Delorme, ardent défenseur du dialogue entre musulmans et chrétiens, ne m’en voudra pas de reprendre le titre d’un de ses livres pour décrire les sentiments qui animent bon nombre d’entre nous au sujet de l’islam. On ne peut le nier : il existe un islam inquiétant et violent, un islam sectaire et obscurantiste. Ce n’est pas être « islamophobe » que de le reconnaître. Mais il existe aussi – évidemment ! – un islam de la tolérance et du respect, un islam ouvert et moderne. Ce n’est pas être naïf ou faire preuve d’angélisme que de l’affirmer. La plupart des musulmans – la « majorité silencieuse » – partagent les mêmes aspirations que tout un chacun : avoir un meilleur niveau de vie que leurs parents, s’épanouir, offrir à leurs enfants l’accès à l’éducation et à la culture. Mais aussi que soit reconnue leur dignité de croyants. Du moins pour ceux qui le sont : le fait d’avoir des racines arabo-musulmanes n’induit pas nécessairement, bien sûr, d’adhérer à l’islam.

Sur un sujet aussi sensible, j’imagine déjà les courriers que nous recevrons inévitablement au journal. Certains trouveront que nous sommes allés trop loin dans la critique de l’islam ; d’autres nous accuseront au contraire de connivence avec cette religion qu’ils regardent uniquement à l’aune des dérives de certains excités s’estimant la défendre, alors qu’ils en ignorent l’essence même. D’autres encore ne manqueront pas de relever que le Coran contient des appels à la violence, à ce fameux djihad dont peu – musulmans ou non – connaissent le véritable sens. Mais la Bible et les Évangiles ne sont-ils pas, eux aussi, empreints de violence ? Que l’on songe seulement à Jésus, déclarant : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix, mais l’épée » (Matthieu 10,34). Il est possible de faire dire tout et n’importe quoi aux textes sacrés en isolant certains passages.

S’il est indéniable, comme le souligne le philosophe Abdennour Bidar, qu’une partie de l’islam a sans doute une réflexion à mener pour se repenser, les autres traditions n’ont-elles pas eu également leurs moments d’errance ? Le catholicisme a été amené à faire son aggiornamento (sa « mise à jour ») au moment de Vatican II, dans les années 1960. Cette réforme, on le voit quotidiennement à travers les débats qui animent nos sociétés, n’est jamais vraiment terminée. C’est là tout le défi des religions : comment concilier un message né il y a plusieurs siècles avec le changement radical de contexte qui s’opère au fil du temps ? Comment marier fidélité à la tradition et évolution ? Ayons confiance dans la capacité de la plus jeune des religions monothéistes issues d’Abraham à surmonter ses intégrismes. Ayons confiance, aussi, dans notre capacité à dépasser nos clivages et à poursuivre le dialogue.

Source : Le monde des religions

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